La cession
Vendre son entreprise : les étapes de la cession
Une vente se prépare deux ans avant la signature. Ce que vous faites pendant ces vingt-quatre mois décide du prix, de la structure et de ce qu’il vous restera.
Vendre son entreprise, c’est en céder les titres, actions ou parts, ou le fonds de commerce : les contrats et le fisc parlent de « cession ». Ce chapitre s’adresse au dirigeant actionnaire qui envisage de vendre, seul ou avec ses associés, à celui qui a reçu une offre, et à celui qui hésite entre vendre et transmettre.
Préparer la vente : les vingt-quatre mois
Une cession commence le jour où vous décidez qu’elle aura lieu, pas le jour où un acheteur appelle. Deux calendriers avancent alors ensemble : celui de l’entreprise, qui doit devenir lisible pour un acheteur, et le vôtre, qui doit être prêt pour l’après.
Les douze premiers mois servent à préparer : comptes retraités, organisation, contrats, structure du capital. Les douze suivants servent à vendre : mémorandum, contacts, lettres d’intention, audit d’acquisition, protocole, puis signature et paiement du prix, le closing. Certaines décisions ne se prennent plus une fois la négociation ouverte : apporter vos titres à une holding, donner une partie de vos parts à vos enfants, choisir la date de votre départ à la retraite.
La valorisation : ce que regarde un acheteur
Un acheteur paie un multiple d’un résultat qu’il recalcule lui-même : il retire ce qui ne se reproduira pas, normalise ce qui n’est pas au prix du marché, et ajoute ce qui ne se voit pas dans les comptes.
- Votre rémunération : il la ramène à celle d’un dirigeant salarié.
- Les loyers : si les murs vous appartiennent, il vérifie le bail et sa durée.
- Les éléments exceptionnels : une subvention, un litige, une vente d’actif sortent du calcul.
- Le besoin en fonds de roulement : l’écart à un niveau normal, au jour de la vente, modifie le prix.
Le multiple dépend du secteur, de la taille, de la croissance, de la récurrence du chiffre d’affaires et du nombre d’acheteurs intéressés : un multiple cité sans ces éléments ne dit rien de votre entreprise. Le point le plus souvent sous-estimé est la dépendance au dirigeant. Si clients, fournisseurs et équipes passent par vous, l’acheteur achète un risque, qu’il traduit en décote, en complément de prix ou en accompagnement long.
Céder des titres ou un fonds : la structure de la vente
La vente des titres est la plus courante : l’acheteur reprend la société avec ses contrats et ses engagements. La vente du fonds laisse la société entre vos mains, avec sa trésorerie, et pose d’autres questions fiscales. Le prix peut être payé en plusieurs fois : crédit vendeur, remboursé sur quelques années, ou complément de prix, l’earn-out, qui dépend des résultats futurs.
La garantie d’actif et de passif protège l’acheteur contre ce qui remonterait du passé : redressement, litige, créance douteuse. Son plafond, sa franchise et sa durée se négocient, souvent avec un séquestre d’une partie du prix.
Les règles fiscales de la vente
La plus-value, prix de vente moins prix d’acquisition des titres, supporte le prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d’impôt sur le revenu (art. 200 A du CGI) et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026 (LFSS 2026, art. 12). S’y ajoute la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, 3 % puis 4 % au-delà de 250 000 € pour une personne seule, 500 000 € pour un couple (art. 223 sexies du CGI).
La contribution différentielle sur les hauts revenus, applicable aux revenus de 2026 (art. 2 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026), impose un minimum de 20 % du revenu fiscal de référence. Les droits d’enregistrement sont en principe payés par l’acheteur : 0,1 % pour des actions, 3 % pour des parts après un abattement de 23 000 €. Un complément de prix est imposé l’année où vous le recevez (art. 150-0 A, I-2 du CGI).
Un exemple calculé par le moteur de l’ordre de grandeur
- Vente directe de 5 000 000 € de titres, plus-value égale au prix, personne seule, sans départ à la retraite.
- Impôt sur la plus-value : environ 1 758 000 €, soit 35,2 % du prix.
- Ce qui vous reste : environ 3 243 000 €.
La même vente ne laisse pas le même montant selon que vous vendez seul ou par une holding, avant ou après une donation : chapitre II, l’apport-cession · chapitre III, la transmission
La dataroom
Pendant l’audit d’acquisition, l’acheteur vérifie ce que vous avez annoncé dans une salle de données en ligne : statuts, comptes, contrats, baux, litiges. Préparée avant la mise en vente, elle raccourcit l’audit ; chaque document manquant devient un argument pour baisser le prix.
La négociation
La lettre d’intention fixe le prix ou sa méthode, la structure, le calendrier et souvent une exclusivité. Il est difficile de remonter un prix après l’avoir accepté : chaque option doit être chiffrée en net pour vous avant de signer. Le protocole la précise ensuite : conditions suspensives, garantie, ajustement du prix, non-concurrence, accompagnement par le cédant.
Limites et risques
- Un crédit vendeur vous expose à la défaillance de l’acheteur : une partie du prix n’est payée que s’il tient ses échéances.
- Un complément de prix dépend de résultats que vous ne maîtrisez plus : il peut être réduit, ou ne jamais être versé.
- La garantie d’actif et de passif peut reprendre une partie du prix pendant sa durée.
- Une donation qui ne précède pas la cession, ou dont vous gardez le prix, peut être écartée (art. L. 64 du LPF).
- L’ordre de grandeur ne remplace pas un calcul : prix d’acquisition, autres revenus, titres acquis avant 2018 et option pour le barème changent le résultat.
Qui fait quoi
- Diagnostic
- ZoliasCe qu’un acheteur regardera, scénarios de prix net
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- Préparation
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- Vos conseilsAvocat : statuts, apports ; notaire : donations
- Mise en vente
- ZoliasLecture du mémorandum côté patrimoine
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- Lettre d’intention
- ZoliasChaque option chiffrée en net pour vous
- Vos conseilsBanque d’affaires, avocat
- Protocole et closing
- ZoliasVérification des conséquences fiscales
- Vos conseilsAvocat : protocole, garantie d’actif et de passif
- Après la vente
- ZoliasRéemploi, transmission, suivi
- Vos conseilsBanque, notaire
Ce que l’entretien regarde en premier
- Votre calendrier : quand vous voulez signer, et ce qui doit être décidé avant.
- La détention de vos titres : en direct, par une holding, avec des associés.
- Ce que vous voulez faire du prix : en vivre, réinvestir, transmettre.
Questions fréquentes
Qui paie les droits d’enregistrement lors de la vente des titres ?
En principe l’acheteur. Ils sont de 0,1 % pour des actions de SAS ou de SA, et de 3 % pour des parts de SARL après un abattement de 23 000 € réparti entre les parts (art. 726 du CGI (actions de SA, SAS)). Le contrat peut prévoir une autre répartition.
Le complément de prix est-il imposé dès la signature ?
Non. Un complément de prix, ou earn-out, est imposé au titre de l’année où vous le recevez (art. 150-0 A, I-2 du CGI). S’il n’est jamais versé, il n’est pas imposé.
Pourquoi décider d’une holding ou d’une donation avant la lettre d’intention ?
Parce qu’elles doivent précéder la cession : une donation postérieure à la vente, ou dont le donateur garde le prix, peut être écartée (art. L. 64 du LPF). Le chapitre III détaille ces conditions et la jurisprudence.
Sources officielles
- Article 200 A du CGI : prélèvement forfaitaire unique (Légifrance)
- Article 223 sexies du CGI : contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (Légifrance)
- Article 224 du CGI : contribution différentielle sur les hauts revenus (Légifrance)
- Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (Légifrance)
- Article L. 64 du Livre des procédures fiscales : abus de droit (Légifrance)
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Chaque cession a ses chiffres. Le premier entretien sert à poser les vôtres.